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Un cadeau pour ses 87 ans

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Minuit trente, le téléphone sonne. Quel peut bien être l'importun? Sans doute une erreur, un appel de l'autre bout de la terre ou... C'est une importune...

-Excusez-moi de vous déranger, mais j'ai lu votre numéro sur le bracelet qu'il porte à un bras.

- Ah, bien, sûr... Oui, oui, c'est mon oncle... Où l'avez-vous trouvé? A Arare? Et bien il n'est pas bien loin de chez lui, voici son adresse... Merci, merci bien...

L'ai-je assez remercié cette dame à la voix juvénile qui a ramené tonton Pierrot chez lui? J'hésite, puis je renonce. Je ne vais pas me déplacer. Ce n'est ni fréquent ni la première ni sans doute la dernière fois qu'il s'embarque pour on ne sait quel besoin. A 87 ans, il a bon pied et bon oeil, marche pendant des heures, mais sa mémoire flanche. Elle est complètement à plat. Il ne sait plus ni l'heure ni le jour. Il enfile son pantalon comme le roi Dagobert. 

Grâce à l'Imad, dont le personnel fait un sacré boulot, et quelques autres personnes, il demeure dans la maison familiale. Il y est né. Il y a vécu avec ses parents, puis seul. Sans doute voudrait-il y mourir. On ne parle pas de la mort. On parle du temps qu'il fait puisqu'on ne peut plus parler du temps qui passe. On parle de l'EMS, où tous ses proches voudraient le voir entrer. Je cède peu à peu. Il est désormais inscrit. Cette semaine, il a passé sa première journée dans un foyer de jour que m'a recommandé son infirmière répondante.  En bon Genevois, il a dit non et s'est laissé faire. Dans l'après-midi, Daisy m'a téléphoné:

- Rassurez-vous tout va bien! Monsieur Genecand s'est parfaitement intégré. Cependant pour les semaines à venir, je vous propose de l'accueillir le mercredi. Il profitera d'un groupe plus dynamique...

Monsieur Genecand... ça l'a remplit de fierté qu'on l'appelle Monsieur, mon oncle, et de voir son nom sur la table où une dizaine de résidents d'un jour prenaient le café. Comment connaisse-t-il mon nom?

- Vous verrez, il est bon notre café, lui a dit un travailleur coloré. Un petit noir, a dit mon oncle mezzo voce...

Trois dames et quatre hommes taiseux. Sauf un qui parle tout le temps. Un ancien des imprimeries de la Suisse et de la Tribune. On échange quelques mots. Remontent l'odeur du plomb, le cliquetis des linotypes, les moules, les plaques, les hauts et les bas de casses, puis la photocomposition... Sur quel système vous travaillez aujourd'hui...

Votre neveu va s'en aller. Et on vous garde pour la journée. Une belle journée s'annonce. Nous préparerons ensemble le repas de midi. Au dessert il y aura une tarte aux pruneaux...

- Bon, on y va, dit mon oncle faisant mine de se lever. La maladie n'a pas tué son air facétieux.

Je quitte le foyer de jour. Perdue dans la verdure, la maison tout en béton est parfaitement adapté aux personnes qu'elle héberge. Chaque porte est commandée par une serrure électronique qu'on déclenche avec un code 12, 123, que l'âge ne permet pas de retenir...

En ce samedi 7 septembre, mon oncle Pierre fête ses 87 ans. Cher tonton, je t'offre de te laisser chez toi, le plus longtemps possible...

 

PS: Nous sommes tous des frontaliers. Juste avant de lire ce post, je suis tombé sur un commentaire posté sous un billet publié par François Baertschi intitulé EMS, une réforme pour plus d'humanité. Le secrétaire général du MCG dénonce ces EMS où des vieux seraient parqués et où trop d'étrangers et de frontaliers travailleraient. Daisy habite Neydens. Elle est charmante et je l'a considère comme une Genevoise pleine et entière et non comme une frontalière. Les habitants du Grand Genève font partie d'une même communauté. Le dédain et parfois la haine du MCG est intolérable. Que la honte vous submerge!

Commentaires

  • Je connais l'endroit dont tu parles, pour y avoir emmené puis visité quelques fois une vieille dame charmante de ma connaissance, qui se souvenait des paroles des chansons de Trenet, ainsi que d'avoir pris le bras du Che, lors de sa visite à l'ONU, pour lui dire :"Cela ne doit pas être vrai, toutes ces horreurs que l'on raconte sur vous, avec des yeux tellement pétillants"... Elle se souvenait aussi des huit langues qu'elle parlait à la perfection, mais plus de son nom, ni de son adresse...
    Je crois qu'elle était bien, dans son joli bloc de béton aux grandes fenêtres... Qu'ils soient de Neydens ou d'Equateur, les gens qui y travaillent font preuve d'une humanité admirable. Juste le contraire des sinistres sbires du MCG.

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