Papa et le petit Corona, on frise le blasphème (10/04/2020)

paradis sur terre globe.jpgComme vous j'imagine, je n'échappe pas au partage de ces vidéos ou ces textes qui promettent la fin du monde ou le paradis sur terre.

Ici plus qu'ailleurs ou le loisir n'existe pas, l'humain confiné a le temps de réfléchir, de ruminer, de tourner en rond. Certain balance vite entre la collapsologie - la peur de la fin du monde est proche - et "Demain" du nom du film de Cyril Dion, qui a connu un joli succès, tout entier construit sur cette croyance naïve que le paradis est à portée de main. *

Ici, il y a heureusement aussi des gens qui bossent. Et plus que d'habitude. On parle beaucoup des soignants. Tous ne sont pas au front. Ceux qui le sont ont du mérite mais pas plus que les travailleurs agricoles, les policiers, les transporteurs, les postiers, les journalistes, les travailleurs de l'industrie alimentaire, les administrateurs, les politiciens, bref tous ceux qui permettent aux confinés mensualisés ou rentiers de vivre majoritairement plutôt bien. 

La vidéo qui tourne sur Youtube a été mis en ligne par un Français, Fred Zanghi. C'est une allégorie où l'on entend un papa niché dans le cloud qui décide d'envoyer sur terre son fils Corona. Le petit Corona ne comprend pas pourquoi son papa veut le faire naître en Chine où il va répandre la mort. Papa explique donc à Corona le rôle qu'il entend lui assigner: faire assez peur pour que les humains changent et créent enfin le paradis sur terre. 

C'est tellement niais que les chaussettes m'en tombent. On frôle le blasphème. Décidément, il n'y a pas que les odieux de Dieu qui déconnent.

Le récit de papa est soutenu par des images habilement agencées accentuant la séduction du nouvel évangile. Et le tout se termine par un catéchisme, où il est dit possible désormais de vivre, en bonne harmonie les uns avec les autres, sans exploiter la terre, sans les multinationales, sans la bourse et ses financiers, chacun vivant dans des maisons en terre bordées de gazon et de fleurs et lisant les journaux de bonnes nouvelles. Comme "Demain", le film, l'a fait croire aussi. 

L'utopiste oublie une petite chose. C'est que nous sommes 7,5 milliards sur terre et qu'on ajoute l'équivalent d'une Turquie par an sur la planète, ontologiquement jaloux, envieux, menteurs, égoïstes, à l'occasion violents, divisés en clans et en nations. Peu probable donc, même avec la meilleure volonté du monde ou la peur d'un virus, que nous puissions nous passer de l'agriculture moderne, des usines et des entreprises qui embauchent, des Etats qui gouvernent, des institutions qui assurent la cohésion internationale, des armées mêmes qui, à l'occasion, gendarment les excités, les idéologues, les rapaces. 

 

* La fin du monde a donné lieu à une série de papier publié sur le site d'information genevois Heidi.news il y a quelque temps et que j'ai reçu sous forme de brochure. On y raconte ces Suisses qui se préparent pour l'apocalypse nucléaire - la peur des 70 dernières années. En feuilletant l'ouvrage, on s'imagine soudain confiné façon taupe dans nos abris de protection civile. On en tire cette satisfaction que le confinement présent est somme toute bien léger. Et que si demain ne sera pas comme tantôt, rien ne sera détruit, aucune infrastructure actuellement au repos n'est en péril. 

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