Faut-il sauver le PDC? (07/10/2019)

pdc suisse président.jpgFaut-il sauver le PDC? Le journal Le Temps pose ce jour la question. Ce n'est pas le premier ni le dernier à la poser. Mais il est vrai que les Verts sont en passe de devenir le quatrième parti de Suisse. La question est donc existentielle pour ce parti, dont je fus président des jeunesses suisses dans les années 70, au temps de Kurt Furgler. Un autre siècle, un autre monde.

Le Parti démocrate-chrétien venait alors d'opter pour sa dénomination toujours actuelle. Avant il avait été soit un parti conservateur, fort, voire hégémonique dans les cantons catholiques, soit un parti chrétien social, notamment à Genève, dont les relais avaient été le syndicalisme chrétien, le Mouvement populaire des familles, la troisième voie (entre la capitalisme et le communisme), la doctrine sociale de l'église, le personnalisme d'Emmanuel Mounier. L'église catholique était encore peuplée en masse, encadrée par des clercs nombreux. Et le mouvement qui avait abouti au Concile Vatican II avait remis le peuple de Dieu - un peu - au milieu de l'église et l'église - un peu - dans le monde...

 

C'était avant les libérations sociétales des années 60  (la pilule, Mai 68, ni Dieu ni Maître, le hasard et la nécessité), la fin des 30 glorieuses (chocs pétroliers, crises financières), la chute des bastions soviétiques du communisme (la Chine qui s'est éveillée se porte bien merci) et les disruptions du troisième millénaire - la numérisation, la financiarisation, le consumérisme, la remise en cause des droits de l'homme (dans le monde islamique, dans les dictatures, dans le capitalisme même qui a brûlé son idéal libéral) et, last but not least, le vieillissement de l'Europe et la peur du réchauffement climatique.

Face à ces défis, le PDC n'a guère de réponses et parfois pas de débat.

Plus personne n'évoque le personnalisme de Mounier ni la doctrine sociale de l'église ni une hypothétique et introuvable troisième voie entre le capitalisme et le communisme d'Etat, troisième voie qu'on a cru voir un temps - un peu - dans le modèle rhénan du capitalisme - un capitalisme de participation, régulé - que l'Europe tente bien difficilement de pérenniser derrière ses frontières (ce qui est une des raison du Brexit, celle défendue par le libéralisme financier qui, comme l'internationalisme ouvrier d'antan, veut s'affranchir de toutes les frontières).

Sur le front des révolutions sociétales, le PDC est déchiré radicalement entre les tenants d'une famille formée d'un père et d'une mère, mariés pour la vie, et les réalistes qui, comme en France, et ailleurs avant, considèrent qu'une femme seule peut enfanter sans connaître un homme, sans aucune limite et avec l'appui de la sécurité sociale. A quand des femmes porteuses ou des matrices robotisées pour rétablir l'égalité et donner aux hommes le même droit d'avoir un enfant?

Sur le front de la numérisation, le PDC est muet (il n'est pas le seul). La taxation des robots apparaît bien illusoire (et puis va-t-on taxer les machines à laver qui ont libéré la femme d'une tâche éreintante?). Muet face au déferlement effréné des machines apprenantes qui s'immiscent dans tous nos outils, dans tous ces objets qui sont sur le point d'être connectés, qui promettent d'augmenter l'humain, de lui donner des bottes de sept lieues, des oreilles et un nez de chien, des yeux de lynx, une mémoire d'éléphant, la longévité des arbres... Muet et impuissant...

Sur le front du réchauffement climatique, le PDC hésite, s'engage, certes, comme tout le monde, moins que les Verts évidemment, plus que les extrêmes (qui soit doutent que l'homme soit le seul responsable de la hausse des températures, soit donnent la priorité aux luttes sociales et au renversement du capitalisme pour des lendemains que plus personne ne croit enchantés). 

C'est que les troupes du PDC ont vieilli. Ce qui en reste s'est embourgeoisé - les quelques jeunes qui militent encore ne font pas illusion.

Et puis le PDC a rempli sa mission. Depuis longtemps déjà. Il a été, dans ce pays, l'acteur efficace de la démocratisation des catholiques, de leur insertion dans la République radicale (ou socialiste) et laïque. Le PDC a permis à ses clients et électeurs d'accéder à tous les postes de responsabilité publics et privés. Il est loin, très loin le temps, où le fait d'être catholique dans les cantons protestants pouvait vous fermer les portes de certaines fonctions. 

Qu'est-ce qui fait donc l'originalité du PDC? 

L'Europe, dont les pères fondateurs étaient presque tous issus de la démocratie-chrétienne? Même sur ce front, le PDC suisse est divisé et pusillanime. 

Les gens en général, les médias en particulier aiment les politiciens aux lignes claires, lisibles, simples, voire simplistes. Dans un débat, il faut savoir capter l'attention par quelques déclarations chocs, qui ne s'embarrassent pas de la complexité des sujets ni de l'imbrication des intérêts ni même du bien commun. Le PDC est mal armé pour affronter cet océan furieux et non pacifique. Il aime l'équilibre, l'accord des contraires, la ligne de crête, le petit pas, le compromis. 

En un mot, le PDC est le parti du ppdc, le parti du plus petit dénominateur commun. Et ça ne suffit plus pour peser ni peut-être pour exister. 

 

PS: Les grands partis sont - un peu - comme les grandes familles. Ils peuvent se disloquer, perdre des branches voire disparaître et parfois aussi renaître. Nul n'est immortel.

 

 

 

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