Hiler rate son entrée dans l'histoire (19/09/2008)

hiler.pngLes documents très succincts offerts ce matin aux Genevois sur le site internet de l'Etat www.ge.ch ne permettent pas encore de l'affirmer tout à fait. Mais on attendait la révolution pour le budget 2009. Manifestement elle ne fait pas les titres des gazettes (et ici).

Comme d'habitude, celles-ci se contentent de tartiner la confiture officielle sur le petit bénéfice, la petite croissance prévue en 2009 - croissance du PIB de 1,2% tout de même et une inflation de 2,5% - , l'augmentation forte des charges de personnel - + 4,2% et même 6,6,% selon Pierre Weiss cité par Le Temps - et un volume d'investissement assez modeste de 611 millions au regard du total des charges de fonctionnement qui atteindront 7,6 milliards de francs, soit tout de même près de 17'000 francs par habitant.

La révolution attendue, c'est celle que le canton de Berne et d'autres cantons alémaniques ont mis en oeuvre plus ou moins complètement. C'est la présentation du budget par prestations: le "catalogue des Trois-Suisses" de l'Etat de Genève. A noter que le budget de Genève ne peut pas être comparé à ceux des autres cantons suisses, car chez nous les communes ne participent que pour 18% des dépenses publiques quand ailleurs leur part oscille entre 30 et 60%.

Le budget par prestations - même la France s'y est mise (comprendre la LOLF et ici), on finira donc bien à Genève par l'avoir - sera une révolution dans la manière de débattre des politiques publiques.

Plutôt que de s'écharper sur le nombre et les salaires des fonctionnaires, de limer sur les gommes et les crayons, ces dépenses générales qui font moins de 10% du total des charges, plutôt que de supputer la croissance économique - un débat certes cardinal puisque 0,1 point de pour cent de différence ça fait tout de même plusieurs dizaines de millions de recettes fiscales en plus ou en moins -, bref plutôt que de parler le langage des économistes qui passe par-dessus la tête des citoyens, le budget par prestation permettra - ou devra permettre, soyons prudent - de savoir combien l'Etat dépense par grandes domaines.

Puis zoomant dans les détails, l'on devrait idéalement -je rêve - déboucher sur un catalogue de prestations, genre catalogue de la Redoute ou des Trois Suisse, où chaque citoyen lambda pourra lire la quantité planifiée (budget) et la quantité produite (comptes) avec suprême luxe le prix coûtant (l'Etat ne doit pas faire de bénéfice) de chacune de ces prestations.

L'heure de l'ilotier, l'heure du prof d'allemand, le prix d'entretien du mètre linéaire de route, le prix d'un master en égyptologie ou en science économique - drôle que cette faculté n'ait jamais produit la moindre critique sur le budget de l'Etat, craindrait-elle des représailles? - le prix complet de la prévention contre le tabagisme, le prix payé chaque année pour la renaturation de la Seymaz ou de l'Aire, le prix d'un élève de l'école primaire, le prix de l'eau, etc.

Notez que pour ces deux dernières prestations: 1) le titre permettant à tout gamin genevois d'entrer au Cycle avec les moyens de réussir sa scolarité obligatoire - c'est une tâche inscrite dans la Constitution - et 2) le prix de l'eau, pour ces deux prestations donc, l'Etat aura quelques peines à établir le coût complet, parce que, s'agissant de l'école primaire, les salles de classe, les salles de gym, l'équipement et leur entretien émargent aux budgets des communes. Bonjour les calculs pour réconcilier tout ça. Mais l'on verrait ainsi que tous les petits genevois ne sont pas formés à la même enseigne...

Quant au prix de l'eau, ça n'est plus à l'Etat de le calculer. L'eau, son pompage, sa filtration, son acheminement, sa récupération dans les égouts et sa dépollution, c'est l'affaire des Services industriels. Un bon point dans les restructurations réalisées ces dernières années, une seule agence s'occupe de tout, enfin presque parce que le réseau secondaire des égouts appartient toujours aux communes qui ont payé des milliards de francs pour enterrer les tuyaux. Au passage, on notera que le monopole des SI sur l'eau permet à cette régie de faire le prix qu'elle veut. A Paris, ville socialiste, l'eau est gérée par deux sociétés privées: la lyonnaise des eaux sur la rive gauche et Valeo - dont on voit de plus en plus le logo dans nos rues - sur la rive droite. Ce n'est pas le Pérou, mais ça doit tout de même permettre au copain du maire de Genève de comparer les prix.

C'est essentiel de pouvoir comparer. A noter à ce propos que le budget 2009 ne peut pas être comparé aux comptes des années précédentes. C'est Hiler qui le dit à la page 4 de son powepoint d'hier.

budget 2009 page 4.png

Voilà, une note trop longue comme d'hab. A suivre

 

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